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Tendance #4 : #SOCIAL MEDIA FATIGUE

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« Social media fatigue » : On commence à constater un épuisement face à  la démultiplication des contenus et des sollicitations du web social et notre incapacité à les filtrer »

D’après Eric Schmidt, le PDG de Google, « le monde créé désormais autant d’information en  2 jours que celle qui a été créée entre sa création et l’année 2003, entre autre grâce ou à cause du contenu UGC » (créé par les consommateurs).

Devant cette explosion de contenus, mais aussi de messages emails, d’invitations aux réseaux sociaux, de SMS, appels téléphoniques,… l’humain lui, ne connait pas la loi de Moore. Son cerveau ne double pas de capacité tous les 18 mois comme les puces informatiques. Comme le rappelle Steve Rubel, «Je suis toujours aussi fasciné de ce qu’un simple GSM renferme. Chaque fois que j’allume mon téléphone portable, mes doigts doivent décider de ce qui est le plus important à ce moment là --  mes amis, mon travail, me divertir,… Le mobile nous met à disposition dans notre poche un nombre de choix en pleine explosion alors que l’attention humaine, elle a elle une limite. Le temps est le nouvel enjeu »

De plus en plus de sociologues attestent de troubles de l’attention et de la concentration engendrés par des journées en mode multitâches compulsifs et un accroissement exponentiel des stimuli. « Google nous rendrait de plus en plus stupide » explique Nicholas Carr dans son livre « The Shallows ». L’overdose ou « social media fatigue » ne serait pas loin. Le New York Times a d’ailleurs dédié un dossier entier sur le sujet. Les entreprises commencent  à ressentir les premiers impacts avec une nouvelle génération de salarié(e)s (« la génération Y ») aux comportements parfois proches de l’ADHD (Attention Deficit & Hyperactivity Disorder) et qui ont de plus de en plus de mal à se concentrer dans la durée sur une seule tâche.

La solution ?  Se préserver via des plages de « déconnection » pour faire le vide, passer en mode « slow reading » ou une meilleure discipline personnelle pour certains. Pour d’autres, comme Clay Shirky, le problème n’est pas lié à l’abondance mais à notre incapacité à filtrer. Le salut serait donc technologique ? Twitter propose des lists, Gmail vient de lancer une priorisation des emails en fonction de leur importance. IBM parle de « centre de triage ». Jean-Louis Gassée propose de recréer un filtrage éditorial et humain pour nous aider à nous y retrouver dans le gigamarché des applications Apple. L’application Poligraft propose la lecture assistée en proposant de l’information contextuelle (Wikipedia,…) pour faciliter et accélérer notre compréhension d’un article.

Menaces sur la vie privée  et la net neutralité… les nouveaux leaders  abusent aussi…

Si la veille garde est jalouse de son pouvoir, les leaders des nouveaux media sont loin d’être irréprochables en matière d’éthique :

Les entreprises Internet sont loin de jouer le jeu en matière de non respect de la vie privée. Si l’on évite les fantasmes du « tous traqués », il faut quand même noter que certaines actions ou déclarations ont de quoi susciter l’ire (et à raison) des défenseurs du droit à la vie privée. Même s’il est clair que « les personnes nées après 1981 ont des exigences de protection de leur vie privée bien moindre », comme l’explique Sam Altman, le CEO de Loopt (un concurrent de Foursquare), les déclarations d’Eric Schmidt, le CEO de Google ont de quoi faire trembler : “If you have something that you don’t want anyone to know, maybe you shouldn’t be doing it in the first place.” Mark Zuckerberg, le créateur de Facebook a multiplié les maladresses (Beacon, sa déclaration indiquant que « l’ère de la vie privée est révolue », l’arrivée du « not now »…) et les changements précipités & complexes du site en matière de vie privée. Si l’on ajoute l’arrivée de la géolocalisation, du web et du social sur mobile, on n’ose imaginer les risques éventuels de certains apprentis sorciers dénués d’éthique…

Ces diverses prises de positions ont d’ailleurs soulevé l’inquiétude et des réactions assez véhémentes. Google Street View est combattu en Allemagne (on y parle même du droit à être pixélisé ! ), certains s’inquiétant même d’une prochaine version du service via des drones! Un projet de loi au Bundestag est en proposition pour définir les limites de l’utilisation de la recherche d’informations sur les réseaux sociaux par les recruteurs. Facebook a dû fortement revoir sa politique de gestion de la privatisation des données de ses membres mais elle reste pour le moins complexe pour l’utilisateur lambada. Aux Etats-Unis, le principe même de ciblage comportemental est dénoncé et certains groupes appellent à créer une « do no track me list » (une liste pour combattre les listing… paradoxal non ?). En France, on évoque même le droit à l’oubli numérique, notion complexe et peut réaliste si l’on voit les dérives de 1984 où l’histoire est constamment réécrite… La notion de protection de la vie privée est en fait un sujet complexe et parfois contre-intuitif comme le démontre Paul Rubin et son article cherchant à combattre les mythes sur le sujet. Jeff Jarvis et Steven Johnson vont même plus loin en expliquant que finalement le meilleur moyen pour se protéger reste d’ultrapartager… bienvenue dans l’ère du « personal branding ».

Au final, il faut bien comprendre que le business de l’identité numérique et du ciblage marketing sont des opportunités de business faramineux. Apple, Google , Microsoft, Facebook (qui a marqué des points avec Facebook Connect) et bien d’autres… rêvent tous de devenir un jour l’accès unique à vos données et le garant exclusif de votre identité pour tous les autres sites. Clay Shirky’s le résume parfaitement dans son livre Cognitive Surplus : « La vie privée était gratuite autrefois ». Et la publicité ridiculement coûteuse. « Désormais, le contraire est vrai : vous devez utiliser un mix d’argent, de temps et de capital social,… si vous voulez protégez votre vie privée ».

Enfin, Google et Verizon viennent d’essayer de mettre à mal le concept de « net neutralité ». A savoir la garantie que tous les acteurs du web : individus, PME ou grands groupes sont traités à la même enseigne et bénéficient du même débit de diffusion. Arguant de la spécificité du mobile, du wifi et des nouveaux formats à venir et des besoins a priori prioritaires de certaines applications (par exemple médicales), Google cherche à faire entériner la possibilité de proposer une version premium web (car le wifi et le mobile ne sont finalement que le web du futur) pour certains acteurs… aboutissant, pour simplifier, à terme à un Internet à plusieurs vitesses ou avec plusieurs secteurs non communicants (tel contenu étant sur le « Googleweb » et tel autre uniquement sur le « Appleweb » par exemple) dont les meilleures performances/contenus pourraient au final être accessibles uniquement à une élite ou de grandes entreprises… Wired y voit une capitulation pure et simple du principe de net neutralité qui permettrait à certains acteurs de bannir une application, un service ou un contenu qui risqueraient d’être concurrent, limitant ainsi l’innovation et la libre concurrence…

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