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Google et la toile française : de l'hégémonie au monopole?

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Il y a à peine 10 ans, en France, Google était inconnu du grand public. L'Internet était considéré comme un gadget, sorte de nouveau "minitel mondial multimedia". Les outils de recherche étaient scindés entre "moteurs" et "index". On parlait d'Altavista, de Yahoo!, de Inktomi, de DMOZ, de Voila, d'Infoseek, de Lycos, de Francité et autres HotBot... On parlait également beaucoup de télécoms, avec la privatisation de France Télécom, qui était jusque-là assis sur son monopole d'opérateur historique. En 10 ans, force est de constater que la donne a bien changé. Ainsi, le domaine des télécoms a vu de très nombreux acteurs apparaître et se partager le marché de l'"éléphant" France Télécom. A l'inverse, sur le front des outils de recherche, on a assisté a une rapide disparition des services, suite à l'éclatement de la bulle internet, un peu, et sous le poids du rouleau-compresseur Google, surtout. Si l'on se réfère aux chiffres publiés lundi dernier par Xiti, la principale société de mesure de l'audience des sites en France, on peut légitimement se demander si Google, en France, n'est pas en train de passer d'une position hégémonique à une situation de monopole absolu, n'est pas en train de devenir à la toile française ce qu'était France Télécom à la téléphonie il y a 10 ans. (Source: http://www.xitimonitor.com/fr-fr/barometre-des-moteurs/barometre-des-moteurs-septembre-2008/index-1-1-6-144.html) Cette étude, qui s'appuie sur les données collectées par le biais des sites dont Xiti mesure l'audience, attribue en effet à Google plus de 91% des parts de visites. En d'autres termes, plus de 91% des visiteurs des sites étudiés utiliseraient Google. Si l'on prend en compte le fait qu'AOL utilise les résultats de Google, on en arrive même à plus de 93% des parts pour le géant de Mountain View. Le monopole d'ici 5 ans ? Certes, la situation dont jouit Google en France aujourd'hui est un quasi-monopole de fait mais non de droit. Certes il existe d'autres marchés, comme la Chine, où Google peine à s'imposer. Certes des rapprochements entre les autres acteurs du marché, comme Yahoo! et Microsoft, sont probables. Mais au vu de la difficulté que rencontrent ses concurrents à le rattraper, on a du mal à imaginer un renversement de tendance en défaveur de Google, que ce soit par les efforts communs de ses concurrents, ou encore moins par l'arrivée d'un nouvel acteur, vu les barrières technologiques à l'entrée de ce marché. D'un autre côté, dans un secteur aussi volatile qu'Internet, et dans un contexte financier très houleux, un renversement de situation est toujours possible. Après tout, 5 ans, en temps Internet, c'est le long terme, et comme le disait Keynes, "In the long run, we're all dead".
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