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L'association "Ni putes ni soumises" viralise

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L'association "Ni putes ni soumises" utilise internet à bon escient pour faire campagne contre les violences faites aux femmes. Avant de vous parler de l'opération, un petit rappel. L'association " Ni putes ni soumises" a été créée en 2003 par Fadela Amara, qui fut présidente jusqu'en 2007 et dont le poste a été repris depuis par Sihem Habchi. A l'origine, il s'agissait d'une marche en l'honneur de Sohanne, brûlée vive dans un local à poubelles de la cité Balzac de Vitry-sur-Seine, une marche à travers toutes les villes de France, rythmée par des débats : la sexualité, les viols collectifs, les discriminations, les violences sexistes, la République, le ghetto, le poids des traditions, religion et laïcité, les mariages forcés, les bandes organisées, les femmes dans le milieu associatif, la féminité dans les quartiers, l’intégrisme…Au final plus de 30 000 personnes ont rejoint le mouvement. Une véritable prise de conscience, ou plutôt un réel besoin. J'en profite ici pour m'attarder sur la théorie de la vitre cassée, développée dans les années 80 par James Wilson et Georges Kelling. Cette théorie est le fruit d'une réflexion suite à une expérience menée par Zimbardo dans les années 60. Ce dernier décide d'abandonner deux voitures similaires dans deux quartiers différents, une dans le Bronx à New York et l'autre à Palo Alto, un beau quartier en Californie. Dans le Bronx, dans les 10 minutes suivant l'abandon, les gens ont commencé à voler des pièces de la voiture. Il a fallu 3 jours au total pour que toutes les pièces de valeur soient emportées. Une fois désossée, la voiture devient l'objet de violences gratuites: peinture, vitres... tout y passe. Dans le quartier chic, rien, la voiture demeure non vandalisée pendant une semaine. Zimbardo commence donc a donner de grands coups de massue dans la voiture, à la vue des passants. Et là, peu de temps aprés, les passants réitèrent l'acte à tour de rôle...en quelques heures le véhicule est démoli. Wilson et Kelling font l'hypothèse qu'une simple vitre cassée renvoie en fait un signal fort : que personne n'est en charge, que ce n'est pas grave, qu'on peut casser d'autres vitres puisqu'au final tout le monde s'en moque. Une métaphore pour dénoncer l'installation progressive de l'anomie au sein de la société. Une perte de repères liée à une absence de normes qui finit par conduire au malaise social : lorqu'on ne prête pas assez attention aux évènements quotidiens, qu'on finit par préférer fermer les yeux...la véritable violence est là! "Ni putes ni soumises" mène plusieurs combats de front, dont la lutte contre les violences faites aux femmes, où la loi du silence est d'ailleurs souvent de mise. Et cette fois pour parler de violence, l'association a choisi le net. Et elle a eu raison. De nos jours, quel meilleur endroit que le net pour sensibiliser l'opinion sur ce sujet??? Notamment lorsqu'on veut toucher la cible des 18/ 25 ans et surtout lorsqu'on sait qu'internet constitue une véritable mine de violence et participe trés fortemment à sa propagation (les vidéos de Happy slapping faisaient partie des vidéos les plus viralisées aux débuts de Youtube). Surfant sur la vague Chatroulette ( je vous invite à lire le trés bon article de Roland Crépeau à ce sujet), un site qui, via webcam, vous met en relation automatiquement et de manière aléatoire avec un autre utilisateur connecté, l'agence Publicis et l'association ont mis au point Doyouchat.com. Au début, tout parait normal, des personnes tranquillement posées devant leur écran...Bien sûr comme le veut le principe on zappe, jusqu'à ce qu'une jeune internaute nous salue: Quelqu'un arrive derrière elle. Elle se retourne en sursautant et commence à se faire frapper. La scène devient de plus en plus violente, la jeune femme finit par terre. Et là un message apparait: " Là, vous ne pouvez rien faire pour elle. Mais si ça arrive à votre soeur, votre voisine ou une amie, agissez ", un message suivi des contacts de l'association (site internet et numéro de téléphone). Un message simple et percutant. Le genre de message qui fonctionne. Rappelons qu'une femme meurt tous les deux jours sous les coups portés par son conjoint et qu'une femme sur dix a été victime de violence conjugale durant les douze derniers mois. L'un des pays en Europe à mener des campagnes fortes à ce sujet est l'Espagne, avec ce genre d'affiches: " Quand tu maltraites une femme, tu cesses d'être un homme " " Maman, fais le pour nous, agis " " Ne pose plus JAMAIS la main sur moi" En effet, l'Espagne fait partie des pays les plus touchés et a mis de nombreuses mesures en place depuis 2005 : la création de tribunaux spécialisés et de centres d’attention juridique et psychologique pour les femmes battues mais aussi un téléphone rouge pour ceux souhaitant "canaliser" leur violence, des bracelets électroniques pour maintenir à distance les hommes violents de leur compagnes ou anciennes compagnes, des "téléphones d’urgence" remis aux femmes battues pour pouvoir rapidement contacter les secours en cas de menace. Un stratégie payante que le gouvernement Espagnol souhaite étendre à l'Union Européenne. Notons aussi le développement croissant des cours de self defense. Toujours en Espagne, le concept S.A.F.E Girls, un système d'autodéfense efficace et accessible à toutes qui combine les meilleures techniques de plusieurs sports de combat dans le but de contrer les divers types d'aggressions dont peut être victime une femme. Au delà des techniques de combat enseignées, c'est aussi un moyen de prendre confiance en soi et de nouer des liens. Ce genre d'initiative est à souligner et constitue une forme efficace de lutte contre la violence faite aux femmes. A chacun d'adhérer ou pas aux propos de "Ni putes ni soumises", mais leur combat au nom de la laïcité, l'égalité et la mixité nous concerne tous directement ou indirectement. Et leur utilisation du web pour cette campagne illustre bien l'impuissance que l'on peut éprouver lorsqu'on est victime ou témoin d'un acte de violence.
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