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Touche pas à mon Nutella

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Depuis 50 ans, le Nutella a ringardisé le traditionnel pain et chocolat du goûter et la non moins célèbre tartine beurrée et confiturée du petit-déjeuner. Né dans le Piémont, la célèbre pâte à tartiner, en situation de quasi monopole sur ce segment, semblait intouchable, malgré quelques essais peu concluants de concurrents, essentiellement en MDD, et surtout plusieurs attaques quant à sa composition. Depuis une dizaine de jours, diverses sources nous informaient que l’Union européenne venait de pointer du doigt la société Ferrero pour ne pas respecter les nouvelles normes nutritionnelles sur ses pots de Nutella. Le problème, c’est que le parlement européen, dans sa lutte contre l’obésité, s’apprête à revoir ces normes prochainement. En effet, le 16 Juin dernier, le Parlement a adopté, en première lecture, un projet visant à lutter contre l’obésité. Les étiquettes des produits alimentaires devront obligatoirement préciser la quantité de cinq nutriments essentiels : énergie, glucides avec une référence aux sucres, lipides, acides gras saturés et sel. On le sait, le Nutella a beau être délicieux, il n’en reste pas moins un produit dont la composition est aussi secrète que la boisson gazeuse de Coca. D’où un nombre de rumeurs improbables depuis plusieurs années. Les détracteurs de la pâte à tartiner ont toujours existé et n’ont jamais manqué de pointer du doigt sa richesse en graisses, en sucres et ont même accusé le groupe italien de mettre des substances dans le Nutella afin de rendre dépendant ses millions de consommateurs dans le monde. L’Union européenne, par la validation du projet de loi du 16 Juin, commençait donc à leur donner raison, à la grande stupeur des dirigeants de Ferrero qui ont dès lors imaginé le pire comme se voir retirer de la vente leur produit vache à lait. L’information est d’abord parue sur les médias italiens. L’Ansa, équivalent de l’AFP en Italie, n’a pas manqué de diffuser en premier cette information (lire ici) et a été reprise par tous les sites d’information italiens le jour même et le lendemain. Ce n’est que le 17 Juin que le premier article en français évoquant cette affaire est paru (le consulter ici). Une fois le canal traditionnel des sites d’information emprunté, l’affaire Nutella était définitivement jetée sur la place publique (comprenez les blogs, les réseaux sociaux et autres forums) et sujette à toutes les rumeurs et commentaires : le Nutella ne sera plus en vente, la recette va changer, il y aura une étiquette comme sur les paquets de cigarettes : le Nutella rend gros, etc. Rapidement, le groupe Fererro a adopté la stratégie de la victime dans cette affaire, voulant jouer sur le côté affectif et irremplaçable du Nutella. Les porte-paroles du groupe italien s’en sont donc donné à cœur joie, argumentant sur le côté plaisir du Nutella. Et cette campagne de défense du Nutella a plutôt porté ses fruits, preuve en est la création de nombreux groupes et fans pages sur Facebook en mode "Touche pas à mon Nutella". Cependant, avec du recul, on a appris que l’UE était bel et bien en discussion sur une réforme de l’information nutritionnelle des produits industriels, mais qu’il n'a jamais été question de pointer du doigt certains produits, dont la célèbre pâte à tartiner. Il a fallu attendre le 29 Juin et 15 jours de déclarations en tout genre, pour que le parlement européen, par le biais d’un communiqué, démente publiquement avoir l’intention d’interdire le Nutella à la vente. « Les députés ne cherchent pas à interdire la commercialisation des produits Nutella ou des produits alimentaires malsains car pouvant favoriser le surpoids » Cette affaire nous aura appris une chose, même si on n’en doutait pas une seconde : le Nutella peut compter sur un soutien sans faille : ses centaines de milliers de fans dans le monde. C’est grâce à leur pression communautaire, couplée à la communication du groupe Ferrero, elle même appuyée par l’Etat italien, que le Nutella a sauvé sa peau. Mais au final, la seule question reste : « Qui a lancé cette rumeur d’interdiction à la vente du Nutella? ». Il n’est pas nécessaire de rentrer dans une polémique qui ne fait que commencer, mais l’hypothétique source qui revient fréquemment en ce moment serait… le groupe Ferrero lui-même. Ayant appris (joie du lobbying) que l’Europe pensait revoir l’étiquetage des produits alimentaires, la firme italienne aurait volontairement transformé le discours afin de lancer une rumeur improbable d’interdiction à la vente du Nutella… La stratégie s’est avérée payante. Je ne conclurai pas cet article d’interrogations diverses du style : affaire politico-économique ? Enjeux financiers plus importants que la santé publique ? Bon il est vrai que c’est tentant, mais je n’irai pas plus loin. De très bons articles et billets existant à ce sujet, je vous laisserai vous renseigner par vous-même (je vous aide). La conclusion de cet article sera beaucoup plus chiffrée : en tant normal, on peut compter sur le web francophone une trentaine de citations (ou d’URLs) par jour pour Nutella. Cette affaire a considérablement fait augmenter cette moyenne : entre le 27 Juin et aujourd’hui, Nutella a été cité près de 1400 fois sur le web francophone.
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